La chasse aux chioukhs
salafistes
C'est avec l'affaire Youssef Fikri que Hamidou Laânigri a
officiellement lancé la chasse contre les salafistes en juillet
2002. Ce criminel a été présenté comme un « émir » d'un mouvement
intégriste qui n'a existé que dans les fichiers de la DST. C'est
avec ce stratagème que Laânigri a installé le spectre du
terrorisme islamiste au Maroc. Les rafles massives de personnes
qualifiées de « salafistes » au début de l'année 2003 ont préparé
en quelque sorte les Marocains ainsi que l'opinion internationale
aux attentats de Casablanca. L'arrestation et les jugements
expéditifs des jeunes prédicateurs comme Abou Hafs et Hassan
Kettani ont été un signal fort du patron de la DST qui s'est
désormais installé comme le théoricien de la nouvelle vision
sécuritaire du royaume.
L'opération Gibraltar
Le démantèlement en mai 2002 d'une cellule dormante présentée
comme très dangereuse a inscrit le Maroc dans la liste des pays
visés par la nébuleuse d'Al Qaïda. Trois Saoudiens, Zouhair Hilal
Mohamed Al Tbaïti, 26 ans, Hilal Jaber Awad El Assiri, 31 ans et
Abdallah Msafer El Ghamidi, 22 ans, planifiaient, selon Laânigri,
des attentats meurtriers dans le détroit de Gibraltar contre des
navires américains et britanniques. Toujours selon Laânigri, ces
« trois messagers de la mort » envisageaient de transformer la
place de Jamaâ El Fna, en « place des martyrs ». Sauf que lors
d'un procès rocambolesque, on n'a pas présenté la moindre preuve
des accusations de la police.
Les rafles de l'après-16
mai
La chasse aux sorcières menée après le 16 mai contre tous les
« barbus » du royaume a fait beaucoup de dégâts. Les droits les
plus élémentaires des accusés ont été bafoués. Enlèvements,
détentions arbitraires et torture ont été froidement perpétrés au
nom de la sécurité de l'Etat. Le mot d'ordre était de traquer les
« coupables » là où ils se cachent. Une opération coup-de-poing
est menée dans toutes les régions du pays. Les suspects
appréhendés auraient reconnu, bien sûr sous l'effet des
interrogatoires musclés, avoir l'intention de commettre des
attentats ou fait l'objet d'un « endoctrinement et un
conditionnement psychologique » par des salafistes.
Officiellement, plus de 2030 individus ont été condamnés dans le
cadre des attentats terroristes du 16 mai 2003. La peine capitale
a été prononcée contre 17 personnes.
La crise espagnole
Casimiro Garcia-Abadillo, directeur adjoint du quotidien espagnol
« El Mundo », accuse les services secrets marocains d'être
derrière le massacre qui a ébranlé l'Espagne le 11 mars 2004. Dans
son livre intitulé « 11 M, la vengeance », l'auteur, qui a mené
une enquête sur les attentats de Madrid, rapporte que lors d'un
voyage à Madrid, le 28 mars 2004, le général Hamidou Laânigri
remet à ses homologues ibériques un bout de papier dans lequel
était inscrit : « gare d'Alcala, 7 heures ». Soit exactement le
lieu et l'heure de l'attentat qui ont été griffonnés sur un papier
par un islamiste marocain arrêté à Tanger. La DST marocaine n'a
pas cru bon d'en informer son homologue espagnol. Laânigri aurait
ajouté que ce papier aurait été trouvé dans les poches de Mohamed
Haddad, un Marocain activement recherché par les services
espagnols.
Le flop El Guerbouzi
Dans sa fameuse interview accordée au quotidien français « Le
Figaro », Laânigri a affirmé que Mohamed El Guerbouzi a participé
à l'organisation des attentats de Casablanca et qu'il est le chef
du Groupe islamique combattant marocain (GICM). Or ce citoyen
britannique originaire du Maroc vit libre de ses mouvements à
Londres. Les services de renseignements locaux le connaissent très
bien et ne sont pas du tout convaincus de son implication dans les
événements tragiques de Casablanca. Selon le ministre de la
Justice britannique, le Maroc n'a pas présenté de preuves
sérieuses de sa culpabilité. Du coup, la thèse de Laânigri est
remise en cause et jugée non crédible par ses homologues du M5.
Profitant de ce revers, Mohamed EL Guerbouzi a été même jusqu'à
contacter un avocat à Rabat pour poursuivre en justice le général
Laânigri pour diffamation.
La coopération avec les
USA
Depuis l'arrivée de Laânigri à la tête de la DST en 1999, la
coopération sécuritaire avec les USA a atteint des proportions
inquiétantes. Il faut dire qu'à la tête de la DST, Laânigri a été
un « agent » exécutant des Américains qui ont « impliqué » le
Maroc dans leur guerre contre le terrorisme. En réveillant les
« cellules dormantes », terrifiant les Marocains avec sa théorie
du spectre des menaces meurtrières, délocalisant la détention et
la torture au royaume, Laânigri veut coûte que coûte plaire aux
Américains. Pis encore, il a réussi à transformer le Maroc en une
poubelle où la CIA peut exécuter ses sales besognes. Comme ce fut
le cas pour Mohamed Benyam, un Britannique de 27 ans qui a affirmé
à Amnesty International avoir été détenu et torturé au Maroc
pendant 18 mois.
Les dérapages des GUS
Les bavures policières à travers le royaume sont devenues
récurrentes sous l'ère de Hamidou Laânigri. Les fameux Groupes
urbains de sécurité (GUS), que le patron de la Sûreté nationale a
vantés en grande pompe, s'avèrent un grand échec. Les
interventions de ces nouvelles unités, qui sillonnent en cortège
et d'une manière spectaculaire les grandes artères des villes où
elles se sont déployées, sont parfois meurtrières. Que ce soit à
Salé, Mohammadia ou Laâyoune, les dégâts du GUS sont lourds. C'est
le cas de Hamdi Lambarki, 24 ans, décédé le 29 octobre 2005 à
Laâyoune suite à un traumatisme crânien provoquant une hémorragie
cérébrale fatale. Il a été violemment frappé par un policier du
GUS à coups de gourdin.